Bouche du Roy : L’alliance de la science et des pêcheurs lancée pour sauver l’Aire Marine Protégée
Face à l’effondrement critique des stocks de poissons, le projet AGeReB (UICN) et l’IRHOB déploient une évaluation halieutique d’envergure jusqu’en 2027 pour cartographier et restaurer les ressources de l’Aire Marine Protégée de la Bouche du Roy (AMP-BR).
La salle de réunion de l’Arrondissement d’Avlo a abrité l’atelier de lancement officiel de cette étude cruciale. Financé par l’Union Européenne et coordonné par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature en consortium avec Eco- Benin et UICN-NL, cet événement stratégique a mobilisé près une quarantaine d’acteurs clés dont les autorités locales, scientifiques, ONG et communautés de pêcheurs. L’objectif partagé de tous les acteurs est de fonder la gestion de l’AMP sur des données scientifiques incontestables.

Dans son intervention, Dr Christian Adjé, Chef Service Valorisation des Résultats de Recherches à l’Institut de Recherche Halieutique et Océanographique du Bénin (IRHOB), a retracé le chemin parcouru depuis le démarrage des activités de recherche en 2017 jusqu’à l’officialisation de la réserve par l’État en 2022. Il a immédiatement mis l’accent sur l’urgence de la situation en interpellant directement l’assemblée :« Pourquoi on a créé ces aires marines protégées ? On pêchait beaucoup plus de poissons. Aujourd’hui, maintenant, on ne pêche plus grand-chose. Vous allez en mer pendant un jour, deux jours, trois jours, vous revenez avec moins de 10 kilos. Vrai ou faux ? ».Pour faire comprendre la nécessité des restrictions de pêche, le scientifique a fait une analogie percutante avec les réserves terrestres du Nord du pays : « C’est grâce à ces réserves-là qu’aujourd’hui, nous et nos enfants, on peut les amener au nord pour dire regarde l’éléphant, regarde la girafe… C’est la même chose qu’on nous demande de faire en milieu marin ».

Reconnaissant un retard institutionnel, il a martelé qu’« il n’est jamais trop tard de mieux faire ». L’IRHOB va ainsi mener une évaluation approfondie pour mesurer la taille et le nombre d’espèces, créant un point de référence scientifique. « Dès qu’on va fermer, là, on va attendre 5 ans, 10 ans, et on va revenir encore faire […] pour voir la stratégie qu’on est en train de mener, là, si c’est une bonne stratégie », a-t-il expliqué.
Garantir la transparence et co-construction

Mme Lisette Lidwine A. AMOUSSOU, Responsable de l’activité pour le projet AGeReB, a emboîté le pas en saluant la communauté : « Le projet AGeReB, qui vous appuie dans la gestion de l’Aire Marine Protégée, n’est plus un projet nouveau pour vous. Vous tous, vous connaissez AGeReB, vous connaissez l’UICN ».Elle a clarifié la gouvernance de l’étude en expliquant que le projet a commandité ces recherches en sollicitant l’expertise pointue de l’IRHOB pour étudier le milieu marin et « connaître la potentialité en ressources halieutiques de notre aire marine protégée ». Insistant sur la transparence, elle a prévenu les usagers de la mer de la présence continue des techniciens sur l’eau : « Nous sommes ici pour vous informer de cette activité qui va durer plusieurs mois. Ça a commencé depuis août et ça va s’étendre jusqu’en mai, mars-avril 2027. Donc, ils seront tout le temps sur la mer en train de collecter des données. ». Mme Amoussou a conclu en invitant les pêcheurs à devenir de véritables partenaires de recherche lors des futures pêches expérimentales et des suivis de débarquements, afin « qu’on ait des données fiables et des données qui vont nous permettre de mieux réfléchir sur la gestion de notre AMP Bouche du Roy».

Une alliance sacrée pour l’avenir de la côte
Le succès de cette évaluation repose sur une représentativité exhaustive des forces vives. L’atelier a ainsi réuni la Mairie de Grand-Popo, le CENAGREF, la Direction de la Production Halieutique (DPH), la Base Navale, ainsi que les ONG CORDE, Eco-Bénin et Action Plus. Face à eux, les acteurs locaux que sont les chefs des villages de Meko, Djonji et Avlo, dignitaires Tohunga, mareyeuses et présidents des associations de pêcheurs (UNAPEMAAB, FEPEEMA), se sont engagés à accompagner les scientifiques.En unissant la rigueur de la recherche publique à l’expérience des communautés à la base, l’AMP de la Bouche du Roy pose les fondations d’un modèle de gestion durable capable de garantir la survie économique et écologique de la région.

AJ

